Promenades à travers la Comté - Présentation
Il n'existe pas d'Atlas de la Comté*, pas de guides et pas de dépliants appelés « Mille et une randonnées à travers le Pays de Bilbo Baggins » ou encore « Le guide du Rôdeur 2002 : La Comté ». Les rares cartes en notre possession sont assez superficielles et peu précises, quand elles ne sont pas, en particulier dans les reproductions en français, parsemées d'erreurs. Certaines parties de la Comté sont un peu mieux décrites que d'autres, et ceci grâce aux aventures dont elles sont le cadre (Cul de Sac, Lézeau, Le creux de Crique...pour Le Seigneur des Anneaux, le sud du Pays de Bouc pour « Bombadil Goes Boating », dans Les Aventures de Tom Bombadil). Mais la Comté ne se limite pas à ces seuls endroits. Qu'en est-il de Oatbarton ? de Grand-Cave sur les Hauts Blancs ? de Gamwich ? Ces lieux se ressemblent-ils tous ? Tolkien les a-t-il imaginés comme étant des copies conformes des paysages idylliques de son enfance (Sarehole, entre Birmingham et Warwick, et Rednal, dans la campagne du Worcestershire) ? Ce fin linguiste a-t-il parsemé son texte et ses cartes d'indices étymologiques pour nous permettre de mieux visualiser les paysages ?
C'est ce que nous allons essayer de découvrir en laissant notre imagination parcourir les chemins de la Comté. Si vous le voulez bien, je serai votre guide. Et je me permettrai, de temps à autre, de laisser libre cours à mon imagination pour tenter de compléter modestement les pièces manquantes de ce délicieux puzzle. Il est évident que rien de ce que je proposerai ne sera gravé dans le marbre et chacun aura le soin et la liberté de voir autre chose s'il lui plaît de le voir.
Notre première promenade nous mènera à travers les chemins du Maresque, puis un peu plus tard, nous tenterons de découvrir les collines de Scary, Les Hauts blancs puis le Quartier du Nord.
Pour plus de commodités, j'utiliserai la traduction française de la toponymie de la Comté par F. Ledoux, suivie entre parenthèses du nom anglais original.
Première promenade : Les Chemins du Maresque
Deuxième promenade : Le pays des collines de Scary
Troisième promenade : La vallée de l'Eau, du Pont du Brandevin à Lézeau
Quatrième promenade : De Hobbitebourg à Grand'Cave
Cinquième promenade : Des Collines Vertes au Quartier du Sud
Sixième promenade : Les Chemins du Nord
Septième - et dernière - promenade : Le Pays de Bouc
LES CHEMINS DU MARESQUE
Le ciel est chargé de nuages, mais le temps ne semble pas vouloir tourner à la pluie, aussi peut-on mettre le nez dehors. Attention aux flaques d'eau et aux ornières boueuses, cependant, car le Maresque est un pays humide. Emportons avec nous nos bottes de nains qui pourraient se révéler fort utiles. Nous partirons de la Grande Route de l'Est et notre première étape en direction du sud sera Stock.
Le chemin de Stock est régulièrement fréquenté par les voyageurs et les marchandises et, tout comme la Grande route, il est pavé. Le paysage autour du chemin est verdoyant, policé et aéré. Les champs cultivés occupent la majeure partie de la surface jusqu'à la rivière sur la droite et à perte de vue sur la gauche, vers l'ouest. Parfois dépasse une grange ou une petite fermette perdue à laquelle on accède par un chemin secondaire.
Les bords de la rivière Brandevin (Brandywine) sont recouverts d'une herbe grasse et de bouquets de roseaux. De temps en temps, un bosquet planté de vergnes, d'aulnes et de saules, agrémente ce paysage tranquille, à peine dérangé par le clapotis des poissons jouant dans les eaux de la rivière, ou par le déplacement des canards. En face, sur l'autre rive, un talus sort des eaux et domine la rivière. C'est le Pays de Bouc.
On arrive en vue de Stock. C'est un bourg imposant, sans doute un des plus importants de la Comté. Ici, le terrain est plat et la terre est lourde. On ne trouve pas de smials comme dans d'autres régions de la Comté, mais plutôt des habitations en bois, en briques, parfois en pierre.
L'étymologie du nom Stock permet de relever plusieurs indices qui vont nous permettre de décrire un peu mieux ce bourg. En anglais Stock signifie « réserve, remise », ce mot vient du vieil-anglais stocc signifiant « rondin, billot ». Le village était alors probablement à l'origine une réserve de bois et une communauté de bûcherons, de charpentiers et autres menuisiers. Sans doute une remise boisée se trouve-t-elle encore dans les proches environs du bourg ? À quelques milles vers l'ouest, l'ombre verte de la forêt du Bout des Bois (Woody End) rappelle la connivence entre le bourg et les métiers du bois.
À Stock se trouve aussi la célèbre auberge du Perchoir Doré (Golden Perch) dont le nom original évoque lui aussi le bois domestiqué (En anglais, perch signifie « perchoir », mais aussi « perche, gaule »). Arrêtons-nous quelques instants dans ce célèbre établissement et goûtons la fameuse bière dont Pippin Touque nous disait1, qu'elle est la meilleure du quartier de l'est. Peut-être rencontrerons nous le père Barbotteux (Puddifoot, de Puddle « flaque boueuse » et de foot « pieds ») une figure du pays qui a toujours de bonnes histoires à raconter.
Une fois repus par une bonne collation parfaitement arrosée (c'est vrai qu'elle est bonne cette bière !), nous pouvons reprendre notre promenade vers le sud.
Après Stock, nous entrons dans le Maresque proprement dit. C'est là l'occasion de présenter quelques remarques étymologiques qui vont nous permettre de mieux comprendre la nature du pays que nous allons traverser.
Le nom Marish est un mot dialectal synonyme de marsh qui veut dire « marais » en anglais. Tous deux viennent du moyen-anglais mareis. Ce mot d'origine germanique est un cousin du mot francique marisk, qui a donné le mot dialectal normand maresc, qui a inspiré à Ledoux le nom Maresque. Tous signifient « marais, marécage ».
Nous voilà donc dans un pays de basses terres humides. De nombreux autres indices laissés par Tolkien dans la toponymie locale vont nous permettre de le confirmer. En attendant, l'opiniâtre peuple des Hobbits du Maresque a su domestiquer cette terre, drainer les zones inondées et cultiver les terres ainsi rendues propres aux activités agricoles.
Au sud de Stock rencontrons-nous ainsi quelques domaines fermiers dirigés par de fortes personnalités locales dont la plus célèbre est sans conteste le père Maggotte (Farmer Maggot). Quel étrange jeu de mot est passé dans la tête de Tokien pour baptiser son personnage pourtant vraisemblablement important2 aux yeux de Merry3 et de Tom Bombadil4 d'un nom si réducteur (maggot = « asticot » en anglais) ?
Le père Maggotte possède la ferme de la Haricotière (Bamfurlong). Le nom original de Bamfurlong est une sorte d'énigme philologique que nous allons tenter de résoudre. La seconde partie du mot ne présente pas de difficulté particulière. Un furlong est une mesure de distance correspondant à 201,16 de nos mètres. Il vient du moyen-anglais furlang « longueur » qui était lui même issu de Furrow « sillon, ligne »+ lang « longueur ». La première partie du mot est plus délicate, Bam ne signifiant à première vue pas grand chose en anglais. Faut-il la rattacher à une forme dialectale de bean « haricot », comme le suggère la proposition de Ledoux ? Ou bien doit-on aller chercher plus loin l'origine de ce bout de mot ? Tolkien connaissait la langue gotique sur le bout des doigts, et en goth, il existe le mot bagms qui veut dire « poutre, potence » Peut-on en déduire que le nom de Bamfurlong pourrait évoquer les puissantes poutres sur lesquelles les anciens installaient la charpente des toits de leurs fermes ? Doit-on y voir une connivence avec l'idée que Stock était un village de charpentiers ?
La propriété du père Maggotte semble assez vaste. Ses champs sont séparés par des haies et des barrières entre lesquels passent des chemins de terre, et alimentés en eau par des fossés d'irrigation. Il cultive divers légumes, dont des navets5 et probablement des haricots, mais aussi des céréales, comme l'orge (pour la bière) ou le blé (pour le pain). On trouve aussi des cultures diverses allant du houblon (pour la saveur de la bière, encore) aux fameux champignons dont le jeune Frodon Sacquet était autrefois un grand amateur... Le père Maggotte possède certainement quelques bêtes, en particulier des porcs, puisque sa femme prépare parfois pour les invités une délicieuse recette aux lardons et aux champignons6. De nombreuses personnes travaillent à la ferme, en plus des propres fils et filles de Maggotte. Ce qui indique que l'exploitation est importante et ajoute à l'impression de vaste propriété que nous avons déjà souligné.
Cependant, il y a probablement d'autres fermes de cette taille, et le paysage du sud de Stock est ainsi émaillé de bâtiments isolés en briques et aux toits de chaume, accompagnés de granges et de hangars en bois, et souvent entourés d'une palissade ou d'un mur épais7. Après tout, nous ne sommes pas si loin des frontières orientales de la Comté et de la mystérieuse Vieille Forêt. En plissant les yeux et en regardant attentivement au dessus des champs et des marais vers le sud-est, on peut presque apercevoir les sinistres brouillards qui s'échappent de ses lugubres frondaisons... Et c'est pour cette raison que les fermiers du coin s'entourent de bons gros chiens aux noms évocateurs, comme Etau (Grip), Croc (Fang) et Loup (wolf) chez le père Maggotte.
Donc restons bien sur le chemin et ne nous aventurons pas plus loin sur les allées privées pour éviter de se faire vilainement tancer par de rageurs aboiements, voire pire... Les chiens d'ici sont comme leurs maîtres finalement : ils n'aiment pas beaucoup les curieux et les étrangers...
Au milieu de ces terres coule la Rivière de Stock (Stockbrook). Ne nous laissons pas tromper par ce qui est écrit sur les cartes. Plus qu'à une rivière, cet aimable cours d'eau qui se jette dans le Brandevin ressemble plus à un ruisseau sauvage en amont, avec ses rives encaissées et couvertes de ronces 8 puis à un tranquille et aimable petit cours d'eau domestiqué en aval, suivant ses méandres tandis qu'il sert probablement de limite aux différentes propriétés et de point d'eau pour que les quelques bêtes puissent s'y désaltérer. À la sortie de Stock, il n'y a probablement pas de pont mais certainement un gué. En effet, brook signifie « ruisseau » dans la langue de Tolkien, et dans cette aimable campagne, on ne construit pas souvent des ponts pour traverser un ruisseau large mais calme, aux rives plutôt basses 9.
Le chemin de Stock continue en direction du sud vers un bourg improprement baptisé Soldur par Ledoux, tandis que le nom anglais est Rushey (inscrit « Rushy » sur la carte de Christopher Tolkien10) L'origine de ce nom vient du mot rush « jonc » qui vient lui-même du vieil anglais rysc « jonc, paille » et qui est voisin du vieux français ros « roseau » et du mot dialectal rouche qui désigne la massette, un plante des marais. Plutôt que Soldur, les noms de Roselière, Jonchère, Joncheraie ou Les Rouches auraient sans doute mieux convenus... Et du coup, c'est un tout autre paysage que du « sol dur » qui s'offre à nous. Nous avons là plutôt affaire à du « sol mou »... et il est sérieusement temps de mettre nos bottes de nains !
Le chemin traverse un paysage humide, sans doute parsemé de mares et d'étangs cernés par des forêts de roseaux ou de massettes, et par quelques champs partiellement drainés.
C'est un paradis pour les insectes, les grenouilles, les poules d'eau, les canards et les petits rongeurs.
Mais le petit peuple du Maresque y trouve aussi son compte. Les fermiers 11, les coupeurs d'osiers, les fabricants de paniers et les roucheux professionnels y sont nombreux et côtoient les libellules avec harmonie. On ne s'empêche pas de vivre non plus : comme à Stock, on trouve à Rushey une fameuse auberge que connaissent bien Maggotte et Bombadil12 et qui sent bon le houblon.
Si les fermes du sud de Stock sont couvertes de chaume, les fermes et les maisons de Rushey sont logiquement couvertes de rouches, plus résistantes. Pour obtenir cette solidité réputée, il faut, comme le précise un vieux rouchier que nous rencontrons sur le chemin, que le jonc soit fortement serré à la pause. C'est lui qui nous renseigne sur ce pays qui s'étend de part et d'autre de la route de Stock. « Attention de ne pas s'égarer, toutefois, ajoute-t-il, mystérieux. Les joncheraies des environs sont traîtresses et des fosses cachées sous le moelleux tapis de mousses pourraient avaler un promeneur en un rien de temps ! »
Nous sommes prévenus ! Restons donc sur notre sécurisant chemin et, tandis que le vieux rouchier nous quitte en emportant sa brouette chargée d'un fourrage de joncs, continuons notre promenade jusqu'à Fondtombe (Deephallow), où le paysage semble vouloir rester le même. Peut-être entre les hautes broussailles de roseaux trouvons-nous des noues discrètes où paissent tranquillement quelques aimables chèvres. À Fondtombe, nous arrivons dans une large et humide vallée où se rencontrent la Rivière de la Comté (Shirebourn) et le Brandevin. De l'autre côté de la Rivière, l'ombre sinistre de la Vieille Forêt est toute proche. On peut voir aussi les hameaux du sud du Pays de Bouc : Breredon, Murmoulu (Grindwall), et Fin de Barrière (Hay's end)13. Le village de Fontombe est très regroupé. On ne trouve plus comme aux environs de Stock des bâtiments isolés ou des hangars perdus au milieu des champs. Nous sommes trop près des frontières pour risquer de s'installer loin de la sécurité qu'apporte la vie en communauté.
Fondtombe est un petit bourg où vivent peut-être quelques pêcheurs. Au bout d'une allée qui mène aux bords du Brandevin se trouve un embarcadère que les gens d'ici appellent Mithe14. Est-ce le point de départ d'audacieuses parties de pêche en barque ? À moins que sur les rives nord partiellement drainées de la Rivière de la Comté, les Hobbits pratiquent l'hortillonnage et s'embarquent avec leur marchandise de légumes vers les rives du Pays de Bouc pour aller les vendre ?
À Fondtombe, le chemin prend un virage serré vers l'ouest, en suivant l'humide vallée de la Rivière de la Comté. Dans la langue de Tolkien, cette rivière s'appelle Shirebourn. Le mot bourn signifie ruisseau et vient du vieil-anglais brunna. Dans la langue gotique, ce même brunna signifie « saut, bond » et permet donc d'imaginer un ruisseau turbulent en amont, tout comme la Rivière de Stock que nous avions croisé plus au nord. Mais le mot bourne qui dérive du normand borne veut aussi dire « limite, frontière ». Et ce ruisseau est effectivement la limite sud-est de la Comté. Au delà ne se trouvent que les dangereux Marais de la Rivière (Overbourn Marshes) où personne ne s'aventure jamais. La « Malnoue » ! Comme pourrait l'appeler le patois local. Ici, le sol est pourri et en plus de libellules, les moucherons et les moustiques pullulent...
Laissons donc derrière nous ces terres inconnues et malsaines probablement sous l'influence mauvaise des ombres de la Vieille Forêt, et reprenons notre route vers l'ouest, cette fois, en direction du Creux aux Saules (Willowbottom).
Si les joncs et les roseaux dominent encore autour de nous et en particulier sur les bords du ruisseau, nous remarquons que les arbres sont plus nombreux à mesure que nous approchons de ce coin perdu de la Comté. Le sol s'élève aussi un peu plus et le ruisseau chante et sautille entre ses rives de plus en plus accidentées. Il faut dire que nous approchons des hauteurs du Bout des Bois et des premières pentes du Pays de la Colline Verte (Greenhill Country). Par endroits, le chemin s'éloigne des pentes escarpées du ruisseau et passe sous des allées de Saules ou de vieux aulnes chenus. Parfois il se rapproche et on peut entendre le mélodieux concert où se mêlent le voix du ruisseau et le chant des reinettes et des petits insectes.
Au bout du chemin, à l'endroit où un torrent sauvage rejoint notre ruisseau dans une combe humide et boisée, nous apercevons quelques toits de rouches de petites masures paysannes. C'est le Creux aux Saules, un bourg qui porte bien son nom. Le torrent qui dévale à travers le vallon et qui épouse la Rivière de la Comté au milieu des joncs, à l'ombre de vieux marsaults complices, s'appelle le Ruisseau aux Chardons (Thistle Brook).
Nous sommes arrivés à destination. Dans ce bourg se trouve une aimable auberge tenue par un vieux couple de hobbits à l'accent rocailleux. Peut-être la bière est-elle ici de moins bonne qualité qu'à Stock, mais peu importe. Ce qui compte c'est le plaisir de se promener sur les chemins de ce beau pays et, comme le dit le poème, « moi enfin, les pieds las, vers l'auberge éclairée je me tournerai, pour trouver mon repas du soir et le sommeil 15>. »
1 JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 125.
2 Robert Foster, The Complete Guide to Middle-Earth, George Allen & Unwin, Londres 1978, p 244-245.
3 JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 144.
4 JRR Tolkien, Les Aventures de Tom Bombadil, Christian Bourgois éditeur, Paris 1975 (Collection bilingue 10/18, 1991), « Bombadil Goes Boating » pp 36 à 41.
5 JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 129.
6 ibid. p 135.
7 ibid. p 130.
8 ibid. p 126.
9 ibid. p 127.
10 JRR Tolkien, The Lord of the Rings, BCA, Londres 1991. Carte p 30.
11 JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 139.
12 JRR Tolkien, Les Aventures de Tom Bombadil, Christian Bourgois éditeur, Paris 1975 (Collection bilingue 10/18, 1991), « Bombadil Goes Boating » p 39.
13 ibid. pp 32 à 35.
14 ibid. pp 34 à 37.
15 JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, Le Retour du Roi, Christian Bourgois éditeur, 1972 (Presse-pocket, 1986), p 364.
lien de l'article d'origine
http://www.jrrvf.com/essais/promenade/promenade.html
Les chemins du quartier du nord ne sont pas très faciles à imaginer. Le premier problème concerne le fait qu'il n'y a pas de carte présentant cette région de la Comté. Celle de Christopher Tolkien n'en dessine que la pointe sud avec un bout de la Forêt de Bindbale, le cours sinueux du ruisseau sans nom qui se jette dans l'étang de Lézeau et un tronçon de la route menant à Oatbarton, un bourg situé hors carte. Pas grand-chose en vérité.
Le deuxième problème réside dans la dispersion des indices à travers les différents textes du Seigneur des Anneaux ou des Aventures de Tom Bombadil. A aucun moment Tolkien ne décrit tel ou tel endroit du Quartier Nord, mais il y fait de constantes allusions, au détour de telle page, au milieu de tel dialogue, à l'occasion de tel poème... A nous de reconstituer ces paysages et d'avancer avec une grande prudence sur les chemins du nord et d'aller à la rencontre des Hobbits qui y vivent et des légendes qu'ils se racontent au coin du feu.
Nous partons du pied de la Colline de Hobbitebourg, en suivant le chemin qui la contourne par l'est [1] . Ce chemin nous amène jusqu'au petit bourg de Par-delà-la-Colline (Overhill). Nous trouvons probablement ici un paysage rural quadrillé par des haies et des clôtures, mais on devine des champs plus vastes derrière cette végétation domestiquée. Parmi les quelques habitants de ce petit village, on peut citer des membres des familles Bophin (Boffin) et Gamegie (Gamgee) [2] .
Le chemin ne va pas plus loin. Au delà se poursuivent vers le nord, l'est et l'ouest des allées privées ou des chemins de terre qui mènent aux différents champs et vergers des environs. Nous choisissons de suivre une allée de terre qui passe entre deux hautes rangées de haies de buis encore odorantes malgré la saison. C'est le mois de winterfilth [3] , le début de l'automne. Le vieil anglais winterfylleð désignait le mois d'octobre pour les anglo-saxons d'avant la conquête normande.
Derrière les haies, on devine parfois un petit pré ou gambadent tranquillement deux ou trois poneys. Plus loin, c'est une basse-cour ou picorent des poules et où un coq veille sur tout son monde du haut d'un tas de fumier [4] . Il y a aussi des vergers où s'alignent des rangées de pommiers prêts pour la récolte. Quelques hobbits s'activent déjà au gaulage en secouant les branches des arbres avec des perches ou des crochets à pommes. Les fruits murs tombent sur le sol et sont aussitôt évacués par des femmes dans de larges paniers d'osier. Les fruits sont entassés pour plusieurs semaines dans de vastes réservoirs en plein air où ils vont se gorger de sucre et essuyer les premières gelées de la fin de l'automne. Après ça, on les conduira au broyeur à manivelle, une machine compliquée heureusement fort peu répandue. Les anciens lui préfèrent le moulin à pommes avec sa bonne vieille meule de granit poussée par un robuste poney. Dans les deux cas, on obtiendra un cidre délicieux, modérément alcoolisé et parfaitement sucré.
Après quelques furlongs de marche, nous laissons les petites parcelles et les vergers et nous nous retrouvons au milieu de grands champs séparés entre eux par d'épaisses haies ou par des murs et des clôtures de pierres. Ici on cultive du blé et de l'orge, essentiellement. Les équipes de faucheurs sont passées depuis longtemps et la saison du battage est déjà de l'histoire ancienne. Les labours viennent à peine de s'achever et sur la terre fraichement retournée, quelques hobbits sèment le grain. Ici, ce sera du blé d'hiver, plus loin du seigle.
Sans nous en douter, nous avons franchi la ligne imaginaire qui, sur les cartes, délimite le quartier ouest (West Farthing) du quartier nord (North Farthing) [5] . Nous approchons ainsi de la forêt de Bindbale (Bindbale wood). Les champs et les prairies sont parsemés de bosquets de plus en plus grands et touffus qui sont autant d'avant-postes de la forêt. Le terrain est aussi beaucoup moins valloné que vers la vallée de l'eau, et les petites collines semblent avoir disparu du paysage.
La forêt de Bindbale existe sans doute depuis très longtemps. Elle faisait peut-être même partie jadis du domaine forestier des rois de l'Arthedain [6] . Les Hobbits continuent très certainement de l'exploiter. L'activité forestière est hivernale. Les paysans quittent en général les champs aux premiers froids et prennent la hache, la scie, le merlin, la masse et la serpe pour gagner l'ombre des bois sans feuilles. Toutes sortes d'activités liées au travail du bois occupent alors les hobbits, mais celle que suggère le mot bindbale est l'affouage, ou ramassage des fagots, pour nourrir les feux de cheminée. Le mot anglais to bind signifie en effet « lier » et bale, du vieux français balle « emballage », signifie « fagot ».
Une autre signification désuette du mot bale, « funeste », pourrait évoquer les légendes que se racontent les hobbits, les soirs d'hiver au coin du feu. Ces bois auraient pu abriter par exemple les meutes de loups blancs qui ont, dit-on, fondu sur la Comté lors d'un Rude Hiver (Fell Winter) de sinistre mémoire [7] .
Les bois dominent une vaste vallée peu profonde au milieu de laquelle serpente une petite rivière [8] . Vers l'est, au delà de cette vallée, les Hauts de Scary dessinent une ligne d'horizon ondoyante. Nous descendons à travers les hautes herbes et les buissons d'une prairie délaissée par les cultures. Il ne semble pas y avoir d'habitations ni de hangars dans les environs et le paysage peut laisser une agréable et paisible impression de solitude.
Le tracé de la rivière, fait de méandres et de sinuosités diverses, indique que le terrain est largement plat sur un dizaine de milles. Ce cours d'eau, qui prend sa source loin vers le nord et qui se jette dans l'Etang de Lézeau, n'est nommé ni sur la carte de Christopher Tolkien, ni dans les textes de son père. On peut alors imaginer que les Hobbits de la région l'ont baptisé d'un nom raisonnable comme le Ruisseau (The Brook) ou encore l'Onde (the Flow).
Après un bon déjeuner, nous traversons notre rivière à gué car elle est peu profonde. Ses rives sont sauvages et couvertes de joncs et d'autres sortes de plantes comme du cresson des fontaines ou du trèfle d'eau. La prairie continue de l'autre côté, parsemée d'herbes et de petites fleurs des champs. Parfois un bosquet décore le paysage. Sans doute, caché derrière les feuilles des arbustes, un renard nous y observe-t-il en se demandant ce que nous faisons dans les parrages [9] .
Quelques milles de marche plus haut, nous nous retrouvons sur une route qui file vers le nord. C'est la route d'Oatbarton. D'antiques peupliers aux troncs massifs escortent son tracé rectiligne sur une certaine distance. Par endroits, un vieil empierrement indique que la chaussée était probablement une ancienne voie d'accès vers les collines du royaume disparu d'Arthedain et vers le lac d'Evendim, loin au nord.
Des deux côtés de la route, bosquets et prairies cèdent la place à de vastes champs cultivés. Ici, se sont des céréales que les hobbits font pousser. Le nom d'Oatbarton, le village vers lequel nous nous dirigeons, est composé de l'anglais oat « avoine », du mot dialectal bar (issu du vieil anglais bere « orge ») et du mot ton « village, clos ». L'étymologie précise et confirme donc les principaux types de cultures de la région.
Le bourg d'Oatbarton n'est pas situé sur la carte de Christopher Tolkien et nous nous aventurons à présent, de suppositions en conjectures, en terrain peu connu. On peut imaginer que ce village est un des plus importants de la région, bien que rien ne permette de le confirmer. Il est certainement composé de petites maisons traditionnelles, de smials excavés à flanc de côteau, d'ateliers et de petites boutiques d'artisans. Et comme nous sommes dans un pays céréalier, il y a des fermes, des hangars et des granges. Il y a aussi très probablement une bonne auberge ou nous pourrons passer la nuit. En cette saison, la soleil se couche de plus en plus tôt.
Le landemain, un frais et gris matin se lève sur la Comté. De la place centrale du village plusieurs chemins filent dans des directions différentes. Nous choisissons de prendre celui qui part vers l'est et qui pourrait mener à Long Cleeve, la patrie des Touque du Nord (North-Tooks) et de Diamond, la femme de Peregrin Touque [10] . Le mot long cleeve signifie « long escarpement ». Cleeve est issu du verbe moyen anglais cleven « diviser, fendre » d'où les mots cliff « falaise », cleft « fente » et to cleave « fendre » sont aussi originaires. Les mots évoquent ainsi un paysage qui peut faire penser à celui des falaises de Scary. Peut-être ce « long escarpement » se trouve-t-il sur un des versants septentrionaux de ces collines que nous connaissons déjà et qui forment peut-être un arc de cercle vers l'est en suivant le grand méandre du Brandevin (Brandywine) [11] .
Les Touque du Nord vivent, comme leurs cousins des Collines Vertes, dans des smials profonds. Leur établissement dans cette région remonte à l'époque de l'arrivée de Bandobras Touque (Bandobras Took), après la fameuse bataille contre une horde de gobelins (goblins) dans les Champs Verts (Greenfields) en 1147 [12] . Ces champs forment peut-être une vaste plaine qui pourrait se trouver au pied des collines. Une grande partie est assurément utilisée pour les cultures ou l'élevage, mais d'importantes parcelles pourraient être réservées à des terrains de golf, un sport que pratiquent les hobbits de la région [13] .
La route qui menait à Long Cleeve continue vers le sud-est et rejoint certainement le village de Dwaling par les collines. Pour notre part, nous allons suivre un chemin qui se faufile au pied de ces collines puis qui traverse les champs verts en direction du nord ouest.
Ce chemin est agréable à suivre. Il passe au creux de petits vallons verdoyants découpés en larges parcelles herbeuses séparées par des rangées d'arbustes ou par des murets de pierres. Après un virage, nous croisons un hobbit coiffé d'un chapeau avec un plume. C'est un ces frontaliers (bounders) qui parcourent les confins de la Comté pour prévenir l'éventuelle intrusion de personnes ou de bêtes indésirables [14] . Bounders est un mot désuet qui vient de l'anglais boundary « frontière ». Les frontaliers font partie du corps des shirriffs (parfois écrit « shiriffes » dans la version française du Seigneur des Anneaux). Ce mot signifie « officiers de comté » et il correspond à l'anglais moderne sheriffs. Il est composé de shire qui (du vieil anglais scīr « comté ») et du mot reeve « premier magistrat » qui vient du vieil anglais gerēfa « gouverneur ». Dans le contexte du pays des hobbits, les shirriffs n'ont bien entendu pas un statut aussi important que celui qu'évoque l'étymologie de leur nom. Ils ne portent pas d'uniformes mais seulement, comme on l'a vu, un chapeau avec une plume. Cependant, leurs vêtements doivent certainement être impeccables, car to shirr signifie « repasser » dans la langue de Tolkien. Les vêtements des frontaliers, usés par les inspections sur le terrain, ne sont peut être pas aussi propres que ceux des shirriffs mais ils sont toutefois des gens tout à fait respectables et dignes de confiance (même si le sens contemporain du mot anglais bounders désigne les « goujats ») [15] .
Nous laissons notre frontalier poursuivre son inspection et nous continuons notre promenade vers l'ouest. Les paysages changent. Les champs verts sont à présent derrière nous et nous pénétrons dans un territoire sauvage et inculte : les Landes du Nord (the North Moors) [16] . Le mot anglais moor « lande » vient du vieil anglais mor « lande, tourbière ». Nous avons visiblement affaire ici à des sols rocailleux et en partie stériles, impropres au développement des arbres. Ronces, ajoncs, bruyères ainsi que chardons et fougères doivent probablement dominer le paysage.
Le ciel est gris et bas, accentuant l'aspect mélancolique et sauvage du pays. Un vent froid descend des collines du nord (Emyn Uial en sindarin) qui dominent tout l'horizon. Ces hauteurs inquiétantes, qu'on appelle aussi dans certains contes les Collines du Lointain (Hills of Faraway) [17] , font frissonner les hobbits depuis toujours et de nombreuses légendes et poèmes parlent de trolls et d'autres créatures étranges et mauvaises. Elles ont pourtant été autrefois le coeur du royaume d'Arthedain. Mais les deux principales cités de cet antique royaume, Annúminas (« Tour de l'Ouest » en sindarin) et Fornost (« citadelle du nord » en sindarin) sont depuis longtemps abandonnées et ruinées. Fornost est aussi appelée Norchâteau-le-Roy (Norbury of the kings) par les hobbits. Le mot bury vient du vieil anglais burg « château ». Il est curieux de souligner que le sens moderne du verbe to bury signifie aussi « enterrer, inhumer» et évoque en écho le nom sinistre de Chaussée des Morts (Deadmen's Dike) que les Grandes Gens donnent aux ruines de Fornost [18] .
Ces landes marquent les limites septentrionales de la Comté. En général, les Hobbits s'y aventurent peu. Parfois, des chasseurs hardis explorent la région. C'est le cas de Halfast de Par-delà-la-Colline, le cousin de Sam Gamegie [19] . Le gibier qu'il convoite se compose de petits oiseaux, de coqs de bruyère ou de chèvres sauvages au longs poils, mais sans doute guère plus. Parfois, des mouflons aux cornes épaisses ou des grands cerfs descendent des lointaines brandes boisées des collines. Mais en cette saison, ces grands animaux sont plutôt occupés à leurs amours et le lointain brame du grand mâle procure une intense émotion à celui qui l'entend dans le vent du nord.
Lorsqu'il arrive que ces chasseurs rentrent bredouilles de leurs longues parties de chasse, ils se prennent à raconter, pour de se rendre interessants, d'étranges histoires peuplées d'êtres fantastiques comme par exemple des arbres qui marchent [20] . Mais faut-il vraiment donner crédit à ces récits, comme le fait Robert Foster dans son Complete Guide [21] ?
Le soir approche. Nous reprenons à travers la lande la direction du sud. Bientôt, des petites collines rocheuses se présentent devant nous, et à l'horizon, nous pouvons distinguer l'ombre de la forêt de Bindbale. Au creux d'un vallon se trouve un village de smials cossus et de maisonnettes en pierres : Roccreux (Hardbottle). Le mot dialectal bottle (du vieil anglais botl) signifie « construction, excavation » et le mot hard « dur » évoque la construction dans le roc [22] .
Ce village est la patrie des Sanglebuc (Bracegirdle), qui sont réputés habiter « à l'ouest de l'île Girdley » [23] . Cependant, tout comme les Touque, cette famille est sans doute assez nombreuse pour avoir une branche dans le nord [24] , et une autre dans le sud de la Comté [25] . Dans les deux cas, il s'agit très certainement de familles relativement aisées.
Une fontaine fraîche sort avec générosité de la pierre. C'est une bénédiction pour les promeneurs fatigués que nous sommes. Peut-être s'agit-il de la source de la rivière sans nom qui file vers le sud jusqu'à Lézeau ?
Loin, très loin vers l'ouest, bien au delà des sombres nuages qui couvrent la Comté, une fine dentelle s'illumine sur la ligne d'horizon : les neiges éternelles des Montagnes Bleues brillent sous les reflets de la soleil couchante.
Nous avons des frissons de bien-être en rentrant dans une vieille auberge du village. On est bien mieux auprès d'un bon feu. Et puis cette longue marche nous a tous affamés. Aussi, mettons nous à table, et comme le dit la vieille chanson : « Il y avait des tartelettes et des tartines beurrées, de la confiture, de la crème et du gâteau. Et le Bigorneau se pressa pour en manger le plus possible, au risque de faire éclater ses boutons [26] . »
[1] W.G. Hammond et C. Scull, JRR. Tolkien, Artiste et Illustrateur, Christian Bourgois éditeur, Paris 1996, illustrations p 106.
[2] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 68.
[3] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, Le Retour du Roi, Christian Bourgois éditeur, 1972 (Presse-pocket, 1986), calendrier p 491.
[4] JRR Tolkien, Contes et Légendes Inachevés, Le Troisième Age, Christian Bourgois éditeur, Paris 1982 (Presse-pocket, 1988), p 111.
[5] JRR Tolkien, The Lord of the Rings, BCA, Londres 1991. Carte p 30.
[6] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 14.
[7] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, Le Retour du Roi, Christian Bourgois éditeur, 1972 (Presse-pocket, 1986), appendices, chronologie, p 461.
[8] JRR Tolkien, The Lord of the Rings, BCA, Londres 1991. Carte p 30.
[9] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 104.
[10] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, Le Retour du Roi, Christian Bourgois éditeur, 1972 (Presse-pocket, 1986), appendices, chronologie, p 476 ; arbres généalogiques, p 485.
[11] JRR Tolkien, The Lord of the Rings, BCA, Londres 1991. Cartes p 30 et p 1197.
[12] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 15.
[13] JRR Tolkien, Bilbo le Hobbit, Hachette, Paris 1980 (Livre de Poche, 1993), p 28.
[14] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 23.
[15] Jared Lobdell, A Tolkien Compass, JRR. Tolkien's guide to the names in "The Lord of the Rings", Open Court Publishing Company, 1975.
[16] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 69.
[17] JRR Tolkien, Les Aventures de Tom Bombadil, Christian Bourgois éditeur, Paris 1975 (Collection bilingue 10/18, 1991), « Perry the Winkle » p 90-91.
[18] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, Le Retour du Roi, Christian Bourgois éditeur, 1972 (Presse-pocket, 1986), p 373.
[19] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 68.
[20] ibid. p 69.
[21] Robert Foster, The Complete Guide to Middle-earth, George Allen & Unwin, Londres 1978, p 185 et p 294.
[22] Jared Lobdell, A Tolkien Compass, JRR. Tolkien's guide to the names in "The Lord of the Rings", Open Court Publishing Company, 1975.
[23] JRR Tolkien, The History of Middle-earth, Vol. VI : The Return of the Shadow, Houghton Mifflin Company, Boston, 1988, p 284.
[24] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, Le Retour du Roi, Christian Bourgois éditeur, 1972 (Presse-pocket, 1986), p 414.
[25] JRR Tolkien, Contes et Légendes Inachevés, Le Troisième Age, Christian Bourgois éditeur, 1982 (Presse-pocket, 1988), p 120.
[26] JRR Tolkien, Les Aventures de Tom Bombadil, Christian Bourgois éditeur, Paris 1975 (Collection bilingue 10/18, 1991), « Perry the Winkle ».
Les Collines vertes dominent la partie centrale de la Comté. C'est un ensemble très vaste aux paysages certainement variés. Ce n'est pas un hasard si la puissante famille des Touque (Took) s'est établie dans cette région élevée et vallonnée : de ces collines à cheval sur trois quartiers, on domine aussi bien la vallée de l'eau au nord, que les champs de l'ouest, le Maresque et les vastes étendues agricoles du quartier sud.
Notre randonnée nous entraînera justement jusqu'à ce quartier du sud où nous traverserons les riches domaines agricoles qui participent à la prospérité du pays des Hobbits. Il nous faudra alors sortir une fois de plus de la carte de la Comté et essayer de reconstituer ce pays à l'aide des divers indices laissés par J.R.R. Tolkien dans ses textes.
Nous partons du bourg du Carrefour (Waymoot sur la carte, Waymeet dans le texte) un frais matin de début d'automne. C'est le mois de Halimath. En vieil anglais, le mot hālig-mōnað « le mois saint » désignait le le mois de septembre des anglo-saxons. Un mois agréable où l'été tarde à disparaître tandis que l'automne naissant offre ses plus doux atours.
Une brume légère flotte très bas sur les champs des environs et couvre les herbes de rosée. En général, cela annonce une belle journée très ensoleillée.
Nous prenons dés le départ la vieille route pavée du sud, celle qui mène, après de nombreux milles de marche, au gué de Sarn [1] . C'est l'autre grande route importante de la Comté et son empierrement, qui ressemble à celui de la Route de l'Est, nous rappelle que les Hobbits n'ont pas été les premiers habitants de ce beau pays [2] .
Nous la suivons jusqu'à un premier bourg dont le nom n'est pas noté sur la carte. Il semblerait que ce soit un simple hameau certainement composé de plusieurs smials. Nous sommes en effet sur les premiers versants occidentaux de la Colline Verte, il y a donc probablement un beau talus qui domine la route et qui permet d'installer ce type d'habitations typiques. L'Appendice F du Seigneur des Anneaux nous explique que le mot hobbit Hlothran, qui signifierait « petit groupe d'excavations à deux pièces sur le flanc d'une colline », serait un nom commun à plusieurs petits villages de la Comté. Il est traduit par l'anglais cotton. Peut-être le hameau que nous croisons porte-t-il ce nom, ou un dérivé de ce nom. Ce serait alors peut-être le bourg du Cottage (de l'anglais cot « chaumière »), dont l'équivalant en français pourrait être, pourquoi pas, le Mesnil (du latin mansionile « petite maison, métairie »).
Le chemin qui se dirige vers l'est se faufile dans une verdoyante et large vallée cernée par les premières collines. Des deux côtés, nous pouvons remarquer des parcelles en terrasses où sont cultivées diverses céréales. La route va droit à un autre bourg qui s'appelle Coteau de Touque (Tookbank). Le mot anglais bank « talus » évoque bien le paysage vallonné dans lequel nous entrons. Il y a peu d'arbres. Les pentes sont escarpées et des murets de pierre retiennent certaines parcelles herbeuses où paissent tranquillement quelques moutons. Devant l'entrée d'un modeste smial qui fait probablement autant office de bergerie que d'habitation, un jeune pâtre nous fait un signe amical. « Bienvenue sur les terres du clan Touque ! » semble-t-il vouloir dire.
Un chemin quitte le Coteau de Touque en serpentant au coeur de la vallée. Celle-ci devient plus étroite à mesure que l'on avance vers l'est. Le paysage est grandiose et sauvage. Après quelques milles de randonnée sans rencontrer âme qui vive, nous apercevons de nouveaux signes de peuplement. Des cabanes de pierres et des smials modestes font leur apparition sur les versants des collines. De nouvelles parcelles cultivées se distinguent des pentes herbeuses et des pâturages en friches.
Au détour d'un virage apparaît Bourg de Touque (Tuckborough). C'est un des plus grands villages de la Comté et aussi un des plus anciens [3] . Il semble s'étendre sur tout le fond de la vallée, cerné par les imposantes pentes herbeuses des collines. Mais ce qui peut tout d'abord frapper le visiteur, c'est l'aspect monumental des Grands Smials (Great Smials) qui couvrent toute la base du flanc nord de la vallée et dont les centaines de fenêtres rondes dominent le reste du village. Les Smials, excavés pour la première fois à la lointaine époque du Thain Isengrim II [4] , sont réputés pour la profondeur de leurs galeries [5] et leur grand nombre d'habitants, toutes générations confondues et tous issus la famille Touque [6] . Cette accumulation d'habitants dans ces galeries peut parfois faire penser à une vaste « lapinière » comme le suggère l'étymologie du mot smial qui vient du vieil anglais smygel « terrier ». D'ailleurs, la version française du Seigneur des Anneaux met ce lapsus dans la bouche de Pippin lorsqu'il évoque certaines vieilles salles sombres et étouffantes des Grands Smials avec Merry, dans la forêt de Fangorn [7] .
D'autres types d'habitations et de constructions occupent le bas du talus et le reste de la vallée. C'est un village très vivant et les rues, où s'activent de nombreux hobbits, se faufilent entre des ateliers d'artisans, des hangars ou de simples maisons [8] , et bien entendu une auberge où nous pouvons nous restaurer.
Bourg de Touque est, après Grand'Cave (Michel Delving), une sorte de seconde capitale de la Comté ; le mot borough « municipalité » évoque un grand village doté d'une indépendance administrative, il provient du moyen anglais burwe, lui même issu du mot burg « château, abri ». Le personnage principal du village, chef du clan Touque, porte le titre de Thain, comme ses ancêtres avant lui, depuis de nombreuses générations.
Ce titre est de nos jours purement honorifique. A l'origine, le Thain était le maître de l'assemblée de la Comté et le capitaine de l'ost des hobbits [9] . La thanerie était une dignité et une fonction probablement inspirée par l'organisation administrative des rois de l'Arthedain. Le mot thain (on peut trouver aussi thane dans les dictionnaires d'anglais) vient du vieil anglais þegn « intendant, soldat, servant » et indique bien que les premiers titulaires du titre, dont le célèbre Bucca du Maresque, s'inscrivaient dans une fidélité et une loyauté sans faille envers le souvenir récent des rois disparus. Cependant, ni l'assemblée ni l'ost ne se réunissent plus depuis bien longtemps. Et la difficulté avec laquelle le thain Paladin II (le père de pippin) a essayé d'imposer son autorité à Lothon pendant la Guerre de l'Anneau [10] montre bien que la thanerie n'est plus que symbolique, voire folklorique.
Le Touque a pourtant toujours été un meneur de hobbits. Peut-être tient-il ce charisme de ses ancêtres pâles (fallowhides) qui étaient, dit-on, parmi les plus hardis et les plus aventureux des Hobbits [11] . Le britannique David Day, auteur de plusieurs ouvrages sur JRR. Tolkien, a essayé dans une démonstration intéressante de reconstituer le nom de l'ancêtre fondateur de la maison des Touque. On sait que Bucca du Maresque est très certainement l'ancêtre éponyme pâle des Brandybuck (en français : Brandebouc), la famille principale du pays de Bouc (Buckland). De la même façon, un certain Tucca pourrait être à l'origine des Tuck (une forme archaïque du nom Took que nous retrouvons dans Tuckborough). David Day évoque également un lien de parenté entre les deux hobbits qui serait l'écho des deux frères Marcho et Blanco, les fondateurs de la Comté [12] .
Outre un personnage fameux par son titre et son charisme, Le Touque est aussi un grand propriétaire terrien. A l'époque de la Guerre de l'Anneau, le Thain Paladin II possède des terres près de Bourg de Touque, dans les environs du village de Blanche Source (Whitwell) [13] . A première vue, c'est peu de choses. Cependant le reste de son vaste domaine est certainement affermé en différentes métairies gérées par d'autres familles ou par des branches cadettes du clan Touque. Toutes les transactions foncières de la famille, ainsi que les événements marquants de la vie des Touque sont consignés dans un grand Livre de Raison appelé Peaujaune (Yellowskin), sans doute à cause de sa vieille reliure en cuir de mouton [14] . Il figure en bonne place dans la bibliothèque des Grands Smials [15] .
Parmi les autres grandes familles du pays, peut-être pouvons nous citer les Boulot (Chubb) qui sont alliés de longue date aux Touque [16] . Le mot chubb, qui est dérivé de l'adjectif chubby « joufflu, grassouillet » [17] , peut faire penser à l'opulence dont pourrait jouir une famille fortunée.
Nous quittons Bourg de Touque en milieu d'après-midi par un chemin qui s'en va vers l'est en suivant le cour de la vallée. Quelques milles de marche plus loin, nous découvrons le village de Blanche-Source. C'est en fait un hameau de quelques maisons basses. Au milieu coule très certainement un petit ruisseau qui prend sa source quelque part sur les proches pentes crayeuses d'une des collines vertes et qui va se jeter quelques milles plus au nord, dans le tranquille cours de l'Eau. Bien que le village ne soit qu'à peine mentionné par Tolkien [18] et par Robert Foster [19] , on peut y trouver tout de même une petite auberge aux fenêtres fleuries dont le propriétaire accepte de nous héberger pour la nuit.
Le landemain, baignés par la douceur de la matinée, nous tentons de trouver un sentier qui remonte la pente en direction de la route de Stock. Cette route est bien connue. Elle est représentée sur la carte de Christopher Tolkien comme reliant Bourg de Touque à Stock, et elle est le premier trajet suivi par Frodon, Pippin et Sam au premier jour de leur grande aventure dans la Communauté de l'Anneau. Robert Foster pense que cette route prend naissance à une intersection à l'ouest de Lézeau, sur la Grande route de l'Est [20] . Cependant, dans la Communauté de l'Anneau ou le retour du Roi, les allusions au parcours de cette route étroite sont plutôt rares [21] et en contradiction avec le tracé de la carte de Christopher Tolkien [22] .
Nous retrouvons donc cette route de Stock qui serpente tranquillement en épousant les rondeurs de la côte. En continuant vers l'est, le chemin se faufile au creux de profonds talus dominés par de sombres arbres. Puis après quelques milles, nous traversons un bois de sapins [23] , avant-garde de la forêt du Bout de Bois (Woody End). Notre arrivée sous les sombres frondaisons odorantes fait fuir des nombreux petits animaux. Nous surprenons par exemple un téméraire renard qui s'était approché tout près de nous et qui s'enfuit à présent en virevoltant entre les troncs. Le sentier est peu fréquenté et trop étroit pour permettre la circulation de véhicules lourds [24] . Cela indique sans doute que le Bout des bois est une forêt assez peu exploitée par les Hobbits. Tolkien nous précise d'ailleurs lui-même que ces bois sont un « coin sauvage du quartier de l'Est [25] ». Peut-être certains des Touque y pratiquent-ils la chasse à l'arc comme le faisaient leurs ancêtres pâles [26] . Cependant, il n'est pas certain que nous soyons encore sur un des domaines du clan Touque car Pippin, qui est tout de même l'héritier du Thain, ne semble pas tout savoir de ces bois [27] . Ce pays forestier est de toute façon relativement préservé, en tout cas dans la partie qui couvre les Collines Vertes. C'est ce qui explique sans aucun doute qu'il soit un lieu d'errance favori pour les compagnies d'Elfes qui cherchent à rejoindre les Havres Gris à l'ouest [28] .
La route se poursuit vers l'est mais nous arrêterons là notre progression. Quelques milles après notre bois de sapins, nous savons qu'elle se partage en deux sentiers. Celui de Castelbois (Woodhall) qui traverse une sombre forêt de chênes [29] ; et celui de Stock, en contrebas duquel la vallée s'étend, harmonieuse et apaisante. Puis notre bonne route de Stock serpentera au milieu de champs de céréales avant de rejoindre quelques milles plus loin, les toits de chaume du bourg du Val (The Yale) [30] . Le nom original yale choisi par JRR.Tolkien est un forme désuète du mot ale (bière) qui n'est plus utilisé en anglais que dans certains dialectes campagnards [31] . Ale et yale viennent tous deux du vieil anglais ealu (bière). Ils permettent de deviner qu'on cultive dans les environs un orge de bonne qualité et que les potagers du bourg sont riches d'un houblon qui donne cet arôme si particulier et une si bonne réputation à la bière du pays [32] . Peut-être ce bourg est-il aussi le site d'une fameuse malterie [33] .
Quittant la route, nous choisissons de traverser le bois de sapins en direction du sud-ouest. Le parcours est beaucoup moins facile mais il reste agréable. Le soleil de midi cogne sur les collines mais les branches épaisses des conifères nous couvrent d'ombres apaisantes. Partout autour de nous chantent des oiseaux invisibles et sous nos pas silencieux, les aiguilles et la mousse forment un tapis des plus doux. Par ici, un écureuil s'enfuit avec son butin : une pomme de pin aussi grosse que lui. Par là, une envoûtante senteur de résine nous enivre. Ailleurs, de luxuriantes fougères nous ouvrent aimablement un sentier vers une large vallée cachée nimbée de couleurs irréelles. Les verts sombres et les verts lumineux dominent, jouant harmonieusement avec les bruns, les ocres, les vermillons et les jaunes pâles annonciateurs de l'automne.
Après une solide collation, nous reprenons notre randonnée à travers les bois. Le chemin est de moins en moins facile car au coeur des Collines Vertes, les pentes sont rudes et les fourrés sont épais. Et la journée avance ainsi tandis que nous jouons des pieds et des mains pour progresser. Passée une crête caillouteuse, nous redescendons le long du versant sud. Les conifères sont toujours là mais ils ne sont plus les mêmes : ce sont à présent les pins qui dominent. Les versants sud des Collines Vertes sont en effet arrosés de soleil toute la journée, les terrains y sont secs et acides. Les sources qui donnent naissance aux petites rivières du sud du Maresque se trouvent beaucoup plus à l'est.
Devant nous, en contrebas, s'étend l'immensité des champs du quartier du sud. Vers l'ouest, ce sont les crêtes herbeuses de la partie occidentale des collines qui ondulent jusqu'à l'horizon. Le soleil couchant donne à ces vastes paysages une coloration presque vineuse.
Un petit sentier nous mène à un hameau discret appelé en anglais Pincup [34] . Ce nom pourrait être traduit éventuellement par « Coupe d'Aiguilles ». Il évoquerait alors la présence des bois de conifères environnants et des sols couverts de corolles d'aiguilles de pins. Une autre traduction pourrait peut-être prendre en compte le mot vieil-anglais penn « clos », qu'on retrouve dans l'anglais dialectal pen « enclos à animaux », et l'anglais cop « hauteur, sommet, monticule ». Soit, pourquoi pas, « Mont Clos ».
Nous croisons sur le chemin un apiculteur qui termine sa journée de travail. Il accepte de nous héberger pour la nuit. Dans sa modeste masure très confortable, il nous invite à boire en sa compagnie un sirop de pin qu'il fabrique lui-même. Il obtient cette boisson particulièrement aromatique et rafraîchissante en alternant dans un bocal des aiguilles de pins tachées de résine avec des croûtes de miel séché. Après une fermentation d'une quinzaine de jour en plein soleil, un liquide sirupeux et verdâtre se forme. Coupé avec de l'eau fraîche, il donne cet excellent sirop de pin.
Les hobbits sont très friands de miel. Un peu partout dans la Comté, on peut trouver des producteurs qui font profiter à tous du délicieux produit de leur ruches [35] . Notre hobbit prend une fois par semaine une route qui gagne le sud à travers la campagne pour aller vendre son miel dans les villages du Quartier du Sud. Cette route n'est visible que sur la carte dessinée par Christopher Tolkien.
Au petit matin, prenant congé de notre hôte, nous suivons cette route du sud pour la seconde partie de notre randonnée. Elle descend en pente douce le long des coteaux de la colline. Les pins se font plus rares, cédant vraisemblablement la place à de petites parcelles maraîchères entourées de murets de pierres. Ici, les paysans de Pincup pourraient cultiver des prunes et des abricots.
Le paysage change à nouveau après deux ou trois milles. Quelques fermettes isolées font leur apparition. On y remarque de modestes clos consacrés à quelques plants de vignes. Plus au sud, le terrain devient vallonné et les talus exposés au sud se couvrent de cépages chargés de raisins. Les parcelles sont un peu plus vastes et parcourues de groupes de vendangeurs. Nous sommes en effet au début de la saison des vendanges. Le travail de ces braves hobbits est harassant. Certains avancent courbés ou à genoux entre les ceps, d'autres sont debout et versent les seaux remplis de grains dans les hottes portées par les plus robustes. Malgré tout, certains prennent le temps de nous faire des signes amicaux.
La terre douce, légère et sèche de la région, mêlée à des petits cailloux de calcaire, convient parfaitement pour la culture de la vigne. La pente est exposée au sud et au sud-est, une orientation idéale qui permet aux cépages de profiter du soleil du matin pour compenser les fraîcheurs nocturnes, puis de s'inonder de la chaleur et de la lumière tout au long de la journée. Les raisins deviennent ainsi plus savoureux et le vin encore meilleur.
Cette culture est ancienne et très certainement antérieure à l'arrivée des Hobbits. On raconte que les rois de l'Arthedain possédaient déjà des pieds de vignes dans le pays [36] .
Entre les cépages, nous distinguons des cabanes de vignerons en pierres. Un peu plus loin, c'est un vieux et rustique pressoir à vin qui se dresse au milieu des vignes. Le vin produit dans la région est probablement peu varié, mais certains crus se démarquent tout de même. On peut ainsi citer le Vieux Clos (Old Winyards) un vin réputé qui fait la richesse des caves des connaisseurs de toute la Comté [37] . Le mot winyard est inspiré par le vieil anglais wīnegeard « vignoble, clos » qui a donné le mot anglais vineyard « vignoble ». Ce vin est produit par les cépages qui entourent le village du même nom [38] .
La route continue de filer vers le sud au milieu de ces paysages inondés du doux soleil d'automne. A l'ombre d'une cabane de pierre, nous prenons un copieux casse-croûte arrosé bien entendu, d'un petit vin du pays à la saveur fruitée. C'est un vin plutôt jeune. D'autres vins sont conservés plus longtemps dans des fûts de chêne à l'ombre des caves de certaines grandes propriétés appartenant aux riches familles de la région.
Les Sonnecor (Hornblower) forment une de ces grandes familles. Ils possèdent probablement des pieds de vignes dans les environs. Mais la culture qui a fait leur fortune au cours des siècles est celle de l'herbe à pipe (pipe-weed).
Ce fut l'ancêtre des Sonnecor, un certain Tobold dit Vieux Tobie (Old Toby) qui fut le premier à faire pousser et à commercialiser l'herbe à pipe à une époque où les hobbits fumaient déjà toutes sortes d'herbes [39] parmi lesquelles pouvait-on sans doute trouver la lobelia, une plante aux fleurs colorées et aux vertus curatives dont le souvenir est resté dans le prénom de certaines femmes du pays [40] .
L'herbe à pipe actuellement consommée dans la Comté est essentiellement cultivée dans des endroits très ensoleillés et abrités du vent. La route de Pincup nous amène justement à un de ces vallons exposés au sud où l'herbe pousse en abondance dans des petites parcelles séparées par des murets ou des petites masures de pierres. Cette variété-ci est appelée Etoile du Sud (Southern Star) [41] car au début de l'été, elle est couronnée d'une grande fleur blanche ou jaune à cinq pétales.
Sous la soleil de l'automne, l'air est encore chargé des senteurs estivales : le thym et le serpolet sauvage, le romarin et les petits buissons de lavande poussent au pied des murs de façon tout à fait anarchique. Mais il ajoutent à l'harmonie du décors. Un journalier qui fait une pause à l'ombre d'un pan de mur nous apprend que les Sanglebuc (Bracegirdle) sont les propriétaires de ces parcelles [42] . Cependant, quelques furlongs plus à l'est, les plantations appartiennent aux Sonnecor de Longoulet (Longbottom) et surtout à leurs alliés les Sacquet de Besace (Sackville-Baggins) [43] , des gens très riches qui vivent dans un village plus loin vers le nord et qui ne viennent que très rarement visiter leurs possessions...
Cependant, les raisins et l'herbe à pipe ne sont pas les seules cultures des environs. On peut ainsi voir de part et d'autre de la route quelques champs d'orge ou de blé et, au fond des vallées, des potagers où de tranquilles jardiniers font pousser tomates, aubergines, sauge, mélisse ou laurier mais aussi de l'aneth, de la pimprenelle, du fenouil et de la badiane avec lesquels les hobbits obtiennent toutes sortes de saveurs anisées pour parfumer boissons et pâtisseries [44] .
La route de Pincup s'évade en dehors de la carte de Christopher Tolkien. Elle croise probablement très vite la route de Longoulet. Cette route passe tranquillement au creux des coteaux du sud endormis au soleil de la fin de l'après-midi. Nous y croisons quelques groupes de paysans qui rentrent du travail, outils sur l'épaule, et qui regagnent les petites fermettes isolées. D'autres, tout comme nous, se dirigent vers le bourg de Longoulet qui n'est plus très loin.
Sur le versant sud qui domine la route, les champs d'herbe à pipe se font plus nombreux et plus grands. Ici on cultive le Vieux Tobie (Old Toby), une variété très ancienne baptisée du nom de son premier producteur. Et au milieu des plantations trône la ferme des Sonnecor, une longue bâtisse en pierre entourée de cyprès et de jardins fleuris.
Les premières maisonnettes du bourg de Longoulet apparaissent au bout du chemin. Ce village est le plus important du Quartier du Sud. Comme dans d'autres grands bourgs du pays, nous trouvons là toutes sortes de boutiques d'artisans et de commerçants et des bâtiments des services officiels de la Comté. Et bien entendu, plusieurs auberges...
En cherchant un établissement susceptible d'accueillir un groupe de randonneurs assoiffés, nous constatons que le village est curieusement agencé le long d'une étroite vallée, à la fois abritée du vent et ouverte au soleil [45] . L'association, dans le nom Longbottom, du mot long « long » et du mot bottom « creux » qui vient du moyen anglais botme « creux, fond » et qui désigne parfois le fond d'une vallée, confirme cette particularité géographique.
Une auberge se trouve sur le bord de la route. Un gros hobbit au visage sympathique nous y accueille. Il n'est sans doute que le simple gérant de l'établissement car les lieux appartiennent sans doute, comme beaucoup d'autres auberges de la région, à la famille des Sacquet de Besace [46] . En entrant dans la pièce principale, nous sommes tout de suite frappés par les odeurs d'herbe à pipe et de café, dont les meubles, les boiseries et les tapisseries sont imprégnés. Ici les habitués fument de la feuille de Longoulet (Longbottom leaf), produite sur les coteaux du bourg [47] . Le café, une boisson connue à la fois des hobbits et des nains [48] , est peut-être obtenu par la torréfaction de faines de hêtre grillées ou de glands de chêne préalablement désamérisés. En effet, le climat du sud de la Comté ne se prête pas à la pousse des caféiers, des plantes qui sont d'ailleurs certainement inconnues des Hobbits et non répertoriées dans l'Herbier de la Comté (Herblore of the Shire), le célèbre ouvrage de Meriadoc Brandebouc.
Le soir tombe doucement sur le pays. Il fait encore bon, aussi sommes-nous installés à l'extérieur de l'auberge. Le patron nous sert un cordial au parfum agréable d'anis. Non loin de l'auberge, dans un canal qui longe la rue, un petit ruisseau fuit discrètement en direction de l'est. Quelques milles plus loin, il se jettera probablement dans le Brandevin (Brandywine), à moins qu'il ne dévie sa course vers le nord-est pour se perdre dans le bourbier fétide du Marais de sur la Rivière (Overbourn Marshes).
Vers le sud et le sud-est, les frontières de la Comté sont imprécises, peut-être longent-elles l'antique route qui mène au Gué de Sarn (Sarn Ford). Mais au sud de Longoulet, à part quelques rares fermes et des champs souvent en friches, il n'y a plus grand chose à explorer.
La route est quand même depuis quelques années régulièrement fréquentée par des convois de marchandises diverses, et notamment d'herbe à pipe, que conduisent des étrangers, des grandes gens venus du sud [49] .
On raconte aussi que des mystérieux hommes errants, des « rôdeurs », surveilleraient discrètement les gués [50] , empêchant ainsi de nombreux indésirables de venir troubler la quiétude du pays. On ne s'en plaindra pas, cela facilite grandement le travail des frontaliers (bounders) qui parcourent les confins du Quartier du Sud [51] .
Sur ces réflexions, nous dégustons notre anisette. La nuit qui vient doucement fait taire les rumeurs du jour. Les gens rentrent chez eux et, un par un, les oiseaux cèdent la place au chant des cigales et au concert des grenouilles dans le petit ruisseau. Loin vers le sud, un chien solitaire aboie. Et l'écho de se perdre dans l'immensité de la Terre du Milieu.
[1] JRR Tolkien, The Lord of the Rings, BCA, Londres 1991. Cartes p 30 et p 1196.
[2] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 14.
[3] ibid. p 16.
[4] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, Le Retour du Roi, Christian Bourgois éditeur, 1972 (Presse-pocket, 1986), appendices, chronologie, p 458.
[5] ibid. 396.
[6] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 17-18.
[7] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, Les Deux Tours, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 79.
[8] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 16.
[9] ibid. p 22.
[10] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, Le Retour du Roi, Christian Bourgois éditeur, 1972 (Presse-pocket, 1986), p 396.
[11] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 13.
[12] David Day, Le Bréviaire du Hobbit, Glénat, Grenoble 1997, p 32.
[13] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, Le Retour du Roi, Christian Bourgois éditeur, 1972 (Presse-pocket, 1986), p 47.
[14] ibid. p 500.
[15] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 29.
[16] ibid. p 47.
[17] Jared Lobdell, A Tolkien Compass, JRR. Tolkien's guide to the names in "The Lord of the Rings", Open Court Publishing Company, 1975.
[18] ibid.
[19] Robert Foster, The Complete Guide to Middle-Earth, George Allen & Unwin, Londres 1978, p 426.
[20] ibid. p 365.
[21] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 103.
[22] JRR Tolkien, The Lord of the Rings, BCA, Londres 1991. Cartes p 30.
[23] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 104.
[24] ibid. p 107.
[25] ibid. p 103.
[26] ibid. p 12.
[27] ibid. p 106.
[28] ibid. pp 114 à 117.
[29] ibid. p 110.
[30] JRR Tolkien, The Lord of the Rings, BCA, Londres 1991. Cartes p 30.
[31] The Oxford English Dictionnary, vol. XII (V-Z), Oxford University Press, Londres 1933.
[32] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 125.
[33] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, Le Retour du Roi, Christian Bourgois éditeur, 1972 (Presse-pocket, 1986), p 400.
[34] JRR Tolkien, The Lord of the Rings, BCA, Londres 1991. Cartes p 30.
[35] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 98.
[36] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 14.
[37] ibid. p 59-60.
[38] Jared Lobdell, A Tolkien Compass, JRR. Tolkien's guide to the names in "The Lord of the Rings", Open Court Publishing Company, 1975.
[39] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 19.
[40] ibid. p 59.
[41] ibid. p 19.
[42] JRR Tolkien, Contes et Légendes Inachevés, Le Troisième Age, Christian Bourgois éditeur, Paris 1982 (Presse-pocket, 1988), p 120.
[43] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, Le Retour du Roi, Christian Bourgois éditeur, 1972 (Presse-pocket, 1986), p 399-400.
[44] JRR Tolkien, Bilbo le Hobbit, Hachette, Paris 1980 (Livre de Poche, 1993), p 17.
[45] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 20.
[46] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, Le Retour du Roi, Christian Bourgois éditeur, 1972 (Presse-pocket, 1986), p 400.
[47] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 19.
[48] JRR Tolkien, Bilbo le Hobbit, Hachette, Paris 1980 (Livre de Poche, 1993), pp 19 et 21.
[49] JRR Tolkien, Contes et Légendes Inachevés, Le Troisième Age, Christian Bourgois éditeur, Paris 1982 (Presse-pocket, 1988), p 120.
[50] ibid. p 110 et 120.
[51] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 23.
Après notre promenade du Pont du Brandevin à Lézeau, nous continuerons notre traversée de la Comté d'est en ouest jusqu'à la haute vallée de l'Eau puis vers ces collines dont on parle souvent, mais qu'on ne connaît que très peu : les Hauts Blancs.
Passé Hobbitebourg, la vallée semble beaucoup moins peuplée et plus sauvage. Cependant, à l'approche des collines crayeuses des Hauts Blancs, les villages sont apparemment plus nombreux. C'est ce que nous allons essayer de découvrir avec les indices des différents textes au cours de cette nouvelle promenade, car une partie de notre randonnée se fera en dehors de la carte de Christopher Tolkien.
Nous partons de l'auberge du Buisson de Lierre (The Ivy Bush). Le réveil a été difficile : C'était hier la grande fête du Mitan de l'année (Mid-year's Day) à Lézeau. Les réjouissances ont duré une bonne partie de la nuit. Heureusement, un petit déjeuner princier nous donne la force nécessaire pour reprendre notre randonnée.
Nous quittons l'accueillante auberge par la route de Lézeau et nous traversons Hobbitebourg (Hobbiton). Le village, qui s'éveille à peine, semble épouser avec harmonie les formes de la vallée. Autour de la route et sur les rives de l'Eau, les maisons sont en pierres blanches, souvent couvertes de lierres. Leurs jardins sont verdoyants et parsemés de fleurs. On peut reconnaître des gueules-de-loup (snap-dragons), des soleils (sunflowers) et des capucines (nasturtians) [1] , et toutes sortes d'autres plantes qui offrent au regard une joyeuse mosaïque de couleurs variées.
Hobbitebourg est un grand village et un des plus anciens établissements hobbits dans le pays [2] . S'y trouve probablement une forte concentration d'ateliers d'artisans et de boutiques diverses comme les charcuteries [3] ou comme les boulangeries qui bénéficient de la proximité du moulin et qui fabriquent toutes sortes de délicieux gâteaux [4] . On pourrait aussi trouver des magasins, des caves et des entrepôts de nourriture [5] , ainsi que des bâtiments d'administration comme un relais du service des Messagers (Messenger Service), une maison de shirriffs, et le célèbre cabinet de MM. Fouille, Fouille & Fouine (Grubb, Grubb and Burrowes), notaires associés [6] .
Juste à côté du cabinet aux fenêtres raisonnablement rondes pourrait se trouver un petit restaurant dont les cuisiniers ont été autrefois réquisitionnés à l'occasion de la grande réception de l'undécante-unième anniversaire de m. Bilbon Sacquet (Bilbo Baggins) de Cul de Sac [7] . Sur la terrasse du restaurant, un gros hobbit nous fait un signe amical de la main. Il est en train de prendre son deuxième petit déjeuner de la matinée, composé de petits gâteaux et de thé.
Le thé, qui est une boisson fort appréciée des hobbits [8] (au point qu'il existe des bouilloires de voyage pour les randonneurs [9] ), pousse très certainement dans la comté sous des serres ombragées car la Camellia, la plante qui produit le thé, aime l'ombre et déteste les variations climatiques. Ainsi les serres se trouvent-elles très probablement sur des coteaux exposés au nord, c'est à dire sur notre gauche, juste après une rangée d'aimables smials. Les hobbits peuvent consommer le thé nature ou aromatisé avec de la menthe, qui pousse en grande variété sous les ombres des arbres de la vallée de l'Eau. Ils peuvent aussi boire des infusions de mélisse, une plante qui pousse en plein soleil et qui dégage une rafraîchissante odeur citronnée.
Sur la droite, une rue passe entre deux longères entourées de haies basses et mène directement au pont de Hobbitebourg. C'est un pont de bois, entièrement peint en blanc, comme l'indique une aquarelle célèbre que Tolkien réalisa pour les premières éditions de The Hobbit (1937) [10] . Son tablier est fait de dix longues planches de bois solide, peut-être du chêne ou plutôt du frêne ou de l'ormeau, plus fréquents dans la région. Elles indiquent en tout cas la présence d'un atelier de charpentiers dans les environs. Ces mêmes charpentiers sont sans doute à l'origine de la roue à aubes du moulin de Hobbitebourg (Hobbiton Mill) qui se trouve juste après le pont et qui brasse bruyamment l'eau de l'étroit bief de dérivation. La roue est en bois de frêne avec des armatures en fer, mais les mécanismes qui actionnent la meule à l'intérieur de l'austère bâtisse sont en bois de cormier, un arbre qui ne pousse que dans les régions à sol calcaire, vers Scary ou vers les Hauts Blancs. L'eau bouillonnante qui s'échappe du bief éclabousse les fondations du moulin puis rejoint calmement le cours de l'Eau en longeant un parterre de joncs qui décorent le pied d'une terrasse en briques rouges [11] . La famille des Rouquin (Sandyman), minotiers de père en fils, approvisionne en farine tous les boulangers des environs.
Le chemin dit de la Colline (Hill Lane) passe sous de grands et beaux châtaigniers [12] , dont les fruits donnent une liqueur réputée et très appréciée dans les auberges du coin. Nous passons ensuite entre une vieille grange (Old Grange) à gauche et une fermette à droite. Le chemin se poursuit en doux méandres à travers des rangées de haies tandis que la Colline domine tout le paysage. Après un virage, une petite allée appelée chemin des trous du talus (Bagshot Row) conduit à une rangée de trois smials modestes. Ces trois habitations ont été autrefois creusées dans le sable, la terre et les graviers qui avaient été excavés lors des travaux de Cul de Sac (Bag End) [13] , la résidence cossue qui se trouve juste au dessus. Chacun des trois smials du chemin des trous du talus dispose d'un jardin potager. On y fait pousser toutes sortes de légumes : des poireaux, des salades, des choux et aussi des herbes diverses et variées comme le laurier, le thym ou la sauge (que Sam reconnaît jusqu'en Ithilien [14] ). Au n°3 du chemin, le vieux Gamegie s'est spécialisé dans la culture des plantes à racines comestibles : carottes, radis ou navets, mais il est surtout réputé pour ses pommes de Terre [15] .
L'allée qui mène à la résidence de Cul de Sac est fermée par une petite grille [16] qui nous rappelle que c'est une propriété privée qui se trouve au-delà. Nous prendrons donc le chemin qui contourne la colline par l'est et qui s'enfonce dans un paysage verdoyant, rustique et légèrement vallonné. Nous passons sans doute au milieu de vergers composés de pommiers et de poiriers ou au coeur d'un aimable bocage où les haies de charmilles et les jeunes hêtres indiquent que nous sommes sur une terre fertile et pour une fois exempte des calcaires qu'on retrouve un peu partout au nord et à l'ouest de la Comté.
Passant entre deux haies, nous rebroussons alors chemin pour rejoindre la vallée de l'Eau en passant derrière la Colline de Hobbitebourg. Nous traversons, sous le soleil de la fin de la matinée, une agréable prairie parsemée de quelques arbres solitaires sous lesquels l'ombre est une véritable bénédiction. Par le versant ouest de la Colline, nous voici revenus à la vallée. Nous croisons un étroit sentier qui s'en va droit vers l'ouest [17] et nous coupons à travers des parcelles en friches séparées par des haies jusqu'à la rivière. Nous trouvons alors un nouveau chemin qui longe les berges et qui mène tout droit à un étroit pont de planches [18] .
La présence de ce pont nous indique qu'ici, le lit de l'Eau est un peu plus encaissé et étroit qu'en aval. Il n'y a pas la possibilité de passer à gué comme à Gué de Budge ou sur la route d'Oatbarton. De vieux aulnes veillent sur ce passage discret.
Le chemin continue en se faufilant vers le sud à travers des rangées de peupliers, puis il croise la route de Lézeau que nous avions abandonnée à Hobbitebourg.
La route de Lézeau file en direction de l'ouest, à travers les basses collines des environs. Elle longe tout d'abord la rivière sur quelques milles puis elle s'en éloigne pendant un certain temps.
Le paysage change à nouveau. Au sud, les Collines Vertes sont à présent très éloignées et au premier plan, se sont de vastes champs parsemés de bosquets qui s'étendent jusqu'à la Vieille Route de l'est. Vers l'ouest, la silhouette crayeuse des Hauts Blancs se précise. Vers le nord-ouest la vallée de l'eau s'élargit et les collines s'écartent en direction du nord où se dessine l'ombre des bois de Bindbale (Bindbale Wood).
Lorsque la route de Lézeau rejoint à nouveau la rivière, celle-ci somnole entre les joncs et les tourbes herbeuses. Il est temps pour nous de faire une pause pour déjeuner. C'est l'occasion aussi d'évoquer ces marécages qui s'étendent devant nous et qu'ici on appelle les Marais de Rushock (Rushock Bog). Le mot anglais bog « marécage, tourbière » est d'origine gaélique et évoque un lointain cousinage avec le mot gaulois bauā « boue ». Le mot rushock contient le mot rush « jonc » et le diminutif -ock, d'origine anglo-saxonne. Il nous indique que les terrains humides et boueux auxquels nous avons affaire sont probablement couverts de petites plantes des marais comme la massette, le trèfle d'eau, le plantain, la grenouillette (une variété de renoncule des étangs) ou encore les iris des marais qui fleurissent d'une belle couronne jaune en automne et qu'on trouve également dans les étangs de la Vieille Forêt (The Old Forest) [19] , mais aussi et surtout, de tourbes et de mousses végétales comme les sphaignes ou les funaires.
Comme toutes les zones marécageuses, la traversée de cette tourbière instable peut présenter certains dangers. Aussi la route de Lézeau fait-elle à nouveau un détour de plusieurs milles vers l'ouest jusqu'au carrefour de la route de Petitecave (Little Delving). A cette croisée de chemins, les Hauts Blancs sont tous prêts de nous et dominent le paysage de leurs crêtes calcaires.
Il nous reste à visiter la haute vallée de l'Eau et à essayer de trouver la source de la rivière. Nous remontons alors le chemin qui mène vers le nord-est, au Trou de l'Aiguille (Needlehole). Ce petit bourg se trouve à plusieurs milles en amont des marais de Rushock. En observant la carte de Christopher Tolkien, on constate que le cours de la rivière, en remontant vers le nord, cesse de se promener en paresseux méandres. Ce nouveau tracé presque droit indique que nous sommes très certainement à nouveau en présence d'un paysage vallonné et que le lit de l'Eau suit une pente très légère mais suffisante pour accélérer son cours. Le nom même du bourg peut évoquer une vallée étroite où la rivière passerait sous un petit pont de pierre comme un fil passe à travers le chas d'une aiguille.
Le soir tombe doucement et la soleil est déjà cachée derrière les Hauts Blancs. Au Trou de l'Aiguille, le chemin continue droit vers le nord-est. Mais le cours de l'Eau, à présent plutôt ruisseau que rivière, file vers l'ouest. Un sentier semble le longer sur une dizaine de furlongs. La source de l'Eau n'est indiquée sur aucune carte, aussi est-il difficile d'estimer quelle distance nous devrons parcourir pour trouver la fontaine qui donne naissance à notre rivière. Nous croisons un villageois qui consent à nous indiquer vaguement de la main la direction des sources de l'Eau, « par-là, vers les collines » nous précise-t-il sans grande conviction... Une des cartes publiées par ICE pour les jeux de rôle inspirés par le Seigneur des Anneaux fait courir le ruisseau jusqu'aux promontoires les plus avancés vers le sud des collines d'Evendim (Emyn Uial en Sindarin) [20] . Sans doute est-ce une proposition judicieuse. Malheureusement nous ne pouvons pas en dire plus à ce sujet. Et comme l'obscurité descend doucement sur le pays, nous rebroussons chemin vers le Trou de l'Aiguille. Nous passerons la nuit à la petite auberge du coin. C'était aujourd'hui le dernier des trois jours de sérénité. Les clients sont en effet peu nombreux à s'attarder dans la salle car la Comté reprend dés demain ses activités habituelles, aussi les gens vont-ils se coucher tôt.
Le landemain, nous reprenons notre randonnée de très bonne heure car il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Notre première étape est le bourg de Nobottle, qui se trouve à quelques milles à l'ouest du Trou de l'Aiguille [21] . En passant par les collines à travers champs et prairies, nous évitons le long détour que fait le chemin par le sud.
Nobottle est composé du mot anglais bottle qui est pris ici dans le sens dialectal de « construction, excavation » et d'un mot que nous pouvons comprendre de deux façons différentes. Il s'agirait soit du mot no, une contraction dialectale de new « nouveau », soit de l'expression nob qui signifie « rupin, richard ».
La première interprétation nous fait ainsi traverser un bourg tout à fait typique de la Comté, avec ses charmants smials et ses jolies chaumières aux fenêtres bien rondes. La seconde interprétation nous amène plutôt dans un village résidentiel et huppé aux smials cossus où seraient installées quelques familles aisées. L'inverse, donc, d'un autre bourg qui se trouve quelques furlongs plus à l'ouest (mais hors de la carte de Christopher Tolkien) et qu'on appelle Champtoron (Tighfield).
Ce village, comme son nom l'indique (les torons sont les fils qui forment la corde, du latin torus « corde ») est le site d'une fameuse corderie où travaille, de père en fils, la famille Gamegie [22] . Dans les ateliers de la corderie (the rope-walk) sont fabriquées des cordes, des tissus grossiers pour les torchons ou les sacs, mais aussi probablement des toiles pour les tentes, comme celles qui furent montées pour le fameux anniversaire de Bilbon Sacquet [23] .
Les cordes sont en général fabriquées avec des fibres de chanvre qu'on appelle la filasse. On peut donc certainement imaginer des champs consacrés à la culture du chanvre, des chènevières, dans les proches environs de Champtoron. Dans le nom original du village, Tighfield, nous retrouvons le mot désuet tigh « corde », du vieil anglais tēag « corde, lien » et surtout field « champ » qui pourrait, pourquoi pas, évoquer ces étendues cultivées.
Les cordiers de la famille Gamegie (Gamgee) sont originaire d'un village voisin, Gamwich. On retrouve dans gamwich le mot gam qui signifie « cran, courage » et qui préfigure bien les valeurs dont le plus célèbre représentant de la famille Gamegie, Samsagace, a fait preuve en soutenant Frodon Sacquet lors de l'éprouvante quête de la destruction de l'Anneau. L'autre composante du mot gamwich est l'anglais dialectal wich qu'on retrouve souvent sous la forme wick, du vieil anglais wīc « village, bourg » et au delà, du latin vicus « bourg, métairie ». On peut imaginer que le village n'est pas très grand et qu'il se trouve en quelques sortes aux confins vallonnés du nord-ouest de la Comté. Ce qui peut aussi expliquer son nom évoquant le « cran » de vivre aussi dangereusement loin.
Nous quittons Gamwich par le chemin du sud qui nous amène, par une voie en lacets, sur les premières pentes de Hauts Blancs. Ici, on trouve le même sol parsemé de cailloux blancs que dans la région de Scary. Les coteaux les plus ensoleillés sont plantés d'allées de noyers qui marquent bien la nouvelle nature crayeuse du sol.
Le bourg de Petitecave (Little Delving) se trouve dans un vallon abrité, au pied d'une pente partiellement couverte d'herbes folles et d'arbustes sauvages. De nombreux smials sont creusés dans la roche qui affleure en surface un peu partout. Le mot anglais delving « excavation, cave » indique que le calcaire est de bonne qualité et qu'il peut se creuser avec facilité. Du village, nous avons une vue extraordinaire sur la verdoyante et heureuse Comté. On peut par exemple distinguer les belles Collines Vertes, vers le sud-est, au delà des vastes champs du quartier ouest. A l'est, c'est la tranquille vallée de l'Eau qui paresse dans un riche écrin végétal et vallonné, tandis que devant nous une brume s'élève au dessus des marais de Rushock, écrasés par la soleil.
Plusieurs chemins quittent le bourg dans diverses directions. Nous prenons l'allée du sud qui serpente au milieu d'un paysage de rocailles fleuries. Les primevères, les véroniques, les campanules, le thym, la joubarbe et la potentille semblent apprécier la région car elles prospèrent et dégringolent en cascades multicolores le long du talus tout en se faufilant entre des bosquets de petits cyprès ou des noyers sauvages et solitaires. Nous croisons un modeste hameau perdu où trône un beau moulin dans lequel les hobbits des environs fabriquent une délicieuse huile de noix.
Peu après, nous entrons dans un nouveau vallon. Les pentes des collines s'assombrissent car la soleil est passée de l'autre côté. Des hautes falaises calcaires dominent à présent le paysage sur notre droite. Pendant un moment, nous suivons un dallage de grandes pierres blanches qui se perd dans la végétation. Ici, la pente est très raide, et les pluies de printemps provoquent des coulées de boues crayeuses qui rendaient autrefois le chemin glissant et dangereux. Avec le récent dallage posé par les ouvriers de la voierie du quartier de l'ouest, on peut marcher sans crainte jusqu'à Grand'Cave (Michel Delving), la capitale de la Comté.
Passé un éperon rocheux, le chemin descend vers le fameux village. A première vue, celui-ci est enchâssé au creux d'une large vallée ouverte sur l'est et dominée par de hauts escarpements crayeux. On peut imaginer que sur les flancs nord et sud de la vallée se trouvent de nombreux smials. Les plus cossus, sur les versants exposés au soleil, et les plus modestes dans les endroits ombragés. Entre les deux, des dizaines de maisons, hangars, ateliers et boutiques au milieu desquels se faufile la Grand Route de l'Est.
Grand'Cave est un village ancien, probablement au même titre que Hobbitebourg et Bourg de Touque (Tuckborough) [24] . Mais les escarpements rocheux portent encore les traces d'une occupation plus ancienne. En effet, tout comme à Scary, le royaume des homme d'Arthedain a autrefois récolté ici la robuste pierre blanche pour ses châteaux du nord. Le nom original du bourg, Michel Delving, évoque bien l'extraction à grande échelle de la pierre : le mot moyen anglais michel signifie « grand, beaucoup » et a donné l'anglais dialectal mickle « grand, vaste », et le mot delving signifie, comme on l'a déjà vu « excavation ».
Les festivités des jours de sérénité sont terminées depuis la veille, mais le village est encore en pleine effervescence. Chaque année a lieu sur la grande place et tout le long des rues principales du bourg, la fameuse Foire Libre (Free Fair) des Hauts Blancs [25] . Outre un événement politique (on y élit tous les sept ans le maire de Grand'Cave et de la Comté), la Foire Libre est avant tout un événement économique majeur. C'est une sorte d'immense marché annuel qui permet à de nombreux paysans, éleveurs et artisans de la Comté de faire la démonstration de leurs savoirs-faire traditionnels et de présenter et vendre toutes sortes de produits. Ainsi, les éleveurs de porcs comme le fermier Goret (Hogg, d'un mot vieil anglais signifiant « cochon » [26] ) font des dégustations de leurs fameux pâtés [27] ; les éleveurs de caprins du Quartier Nord vendent leurs plus belles bêtes aux acheteurs du quartier ouest tandis que les bouchers affûtent leurs couteaux [28] . Des enfants goûtent des tasses de lait [29] ; Il y a aussi de nombreux acheteurs de poules et d'oeufs [30] .
Les maraîchers, les herboristes, les viticulteurs du sud et les marchands d'herbe à pipe participent aussi activement à la grande fête. Les producteurs de fromages ne sont pas en reste. Leurs produits sont vendus à travers la Comté [31] ! Il est fort probable que Grand'Cave abrite des caves d'affinage réputées le long de son talus crayeux.
On peut imaginer aussi que des commerçants et des négociants itinérants parcourent la Comté le reste de l'année depuis Grand'Cave pour valider des achats de terre ou de bêtes négociés au cours de la Foire ou pour promouvoir leurs produits [32] . Cela expliquerait qu'on fume de l'herbe à pipe au Pays de Bouc ou à Lézeau et qu'on trouve du vin du sud dans les magasins de Cul-de-Sac.
Au coeur des jours de sérénité, alors que le grand marché bat son plein, des animations musicales sont proposées au centre du bourg, avec danses folkloriques, concerts improvisés... ces réjouissances pourraient se dérouler devant la Maison des Mathoms (Mathom-House), le musée de Grand'Cave où sont exposés de nombreux objets que les hobbits ont pour coutume de s'offrir en cadeaux et qu'on appelle donc des mathoms, un mot d'ailleurs inspiré du vieil anglais māðom « objet précieux ». Non loin de là, au pied d'un escarpement, des caves et d'étroits tunnels abritent des magasins d'entreposage. Pendant la présence des brigands de Sharcoux (Sharkey) dans la Comté ces mêmes caves furent détournées de leur usage habituel, comme le pense Robert Foster dans son guide [33] , et servirent de prisons sous le sinistre nom de trous-prisons (Lockholes) [34] . Plusieurs personnalités du bourg, au même titre que d'autres courageux contestataires à travers la Comté, eurent alors la malchance d'y faire un séjour prolongé. Citons par exemple une figure visiblement célèbre, le Vieux Croquette (Old Flourdumpling) dont le nom original indique qu'il fut probablement un boulanger-pâtissier réputé du village [35] . Le mot anglais flourdumpling signifie en effet « biscuit à la farine » avec dumpling « boulette, pâte cuite ».
La tradition de la boulange à Grand'Cave semble confirmée à la fois par la légende de Perry le Bigorneau (Perry the Winkle) qui avait autrefois, dit-on, appris son art gastronomique d'un troll gourmand [36] et par le nom de la famille Bunce [37] . Le mot bunce peut a pu être en effet inspiré à Tokien par l'expression dialectale bunce , du verbe vieil anglais bonten « enfariner, saupoudrer » ; mais aussi par le mot bun « petite patisserie » (de la même racine germanique que les mots français bugne et beignet ) ou en fin par le mot anglais désuet bunch « protubérence, bedonnement », qui pourrait évoquer un gros mangeur de patisserie [38] .
L'Hôtel de Ville de Grand'Cave est installé dans une excavation du talus. L'actuel Maire, Will Piedblanc (Will Whitfoot), qualifié lui aussi de boulette enfarinée (floured dumpling) à l'occasion de l'effondrement du plafond crayeux de l'Hôtel de Ville qui l'avait recouvert de poussière blanche [39] , a également connu les trous-prisons pendant l'occupation de la Comté par les brigands. Sa fonction de Maire (Mayor) de Grand'Cave (et par extension, de la Comté) en fait un personnage important, à la fois Maître des postes (Postmaster) et Premier Shirriff [40] , un titre inspiré de l'anglais sheriff ( de shire « comté » et reeve « premier magistrat »). D'autres Maires célèbres, comme le vieux Pot (Old Pott, du moyen anglais pot « trou ») [41] et Samsagace Gamegie, le successeur de Will Piedblanc, ont probablement eu les mêmes responsabilités.
Nous gagnons la Grande Route de l'Est qui traverse le village. La nuit est en train de tomber et les Hauts Blancs se couvrent d'ombres. Malgré tout, la blancheur farineuse de ses coteaux crayeux, dont la description se retrouve par allusions jusque dans le nom de ses habitants, reste immaculée. Les premières étoiles apparaissent dans le ciel limpide de l'Après serein (Afterlithe).
Mais il est temps de goûter au repos et à la détente d'une bonne soirée entre amis. Il se fait tard : réfugions nous dans l'auberge la plus proche ! Nous surprenons un magnifique croissant de lune au dessus de nous. Il nous inspire un fameux chant que nous reprenons en coeur : « Il est une auberge, une joyeuse et vieille auberge, en bas d'une colline vieille et grise, et on y brasse une bière si brune que l'Homme dans la Lune lui-même y descendit une nuit pour boire son content » [42] .
[1] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 43.
[2] ibid. p 16.
[3] JRR Tolkien, Bilbo le Hobbit, Hachette, Paris 1980 (Livre de Poche, 1993), p 21.
[4] ibid. p 16-17 et p 21.
[5] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 47.
[6] JRR Tolkien, Bilbo le Hobbit, Hachette, Paris 1980 (Livre de Poche, 1993), p 397.
[7] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 44.
[8] JRR Tolkien, Bilbo le Hobbit, Hachette, Paris 1980 (Livre de Poche, 1993), p 14 à 17, p 387.
[9] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 267.
[10] W.G. Hammond et C. Scull, JRR. Tolkien, Artiste et Illustrateur, Christian Bourgois éditeur, Paris 1996, illustrations p 106.
[11] ibid. p 106.
[12] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, Le Retour du Roi, Christian Bourgois éditeur, 1972 (Presse-pocket, 1986), p 406.
[13] Jared Lobdell, A Tolkien Compass, JRR. Tolkien's guide to the names in "The Lord of the Rings", Open Court Publishing Company, 1975.
[14] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, Les Deux Tours, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 349.
[15] ibid. p 349.
[16] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 44.
[17] ibid. p 102.
[18] ibid. p 103.
[19] ibid. p 175.
[20] J. Ruemmler, P. Fenlon, Rangers of the North, The Kingdom of Arthedain, ICE, 1987. Carte par Peter Fenlon.
[21] JRR Tolkien, The Lord of the Rings, BCA, Londres 1991. Carte p 30.
[22] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, Les Deux Tours, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 289 ; et Le Seigneur des Anneaux, Le Retour du Roi, Christian Bourgois éditeur, 1972 (Presse-pocket, 1986), appendices, arbres généalogiques, p 487.
[23] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 44.
[24] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 16.
[25] ibid. p 22.
[26] JRR Tolkien, Les Aventures de Tom Bombadil, Christian Bourgois éditeur, Paris 1975 (Collection bilingue 10/18, 1991), « Perry the Winkle » pp 92-93 et 98-99.
[27] JRR Tolkien, Bilbo le Hobbit, Hachette, Paris 1980 (Livre de Poche, 1993), p 21.
[28] JRR Tolkien, Les Aventures de Tom Bombadil, Christian Bourgois éditeur, Paris 1975 (Collection bilingue 10/18, 1991), « Perry the Winkle » pp 92-93 et 98-99.
[29] JRR Tolkien, Bilbo le Hobbit, Hachette, Paris 1980 (Livre de Poche, 1993), p 22.
[30] ibid. p 21.
[31] ibid. p 21.
[32] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 40.
[33] Robert Foster, The Complete Guide to Middle-Earth, George Allen & Unwin, Londres 1978, p 235.
[34] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, Le Retour du Roi, Christian Bourgois éditeur, 1972 (Presse-pocket, 1986), p 395 et p 413-414.
[35] ibid. p 385.
[36] JRR Tolkien, Les Aventures de Tom Bombadil, Christian Bourgois éditeur, Paris 1975 (Collection bilingue 10/18, 1991), « Perry the Winkle » pp 90 à 101.
[37] ibid. pp 92-93 et 98-99.
[38] The Oxford English Dictionnary, vol. I (A-B), Oxford University Press, Londres 1933.
[39] JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l'Anneau, Christian Bourgois éditeur, Paris 1972 (Presse-pocket, 1986), p 213.
[40] ibid. p 22.
[41] JRR Tolkien, Les Aventures de Tom Bombadil, Christian Bourgois éditeur, Paris 1975 (Collection bilingue 10/18, 1991), « Perry the Winkle » pp 92-93 et 98-99.
[42] ibid. « The Man on the Moon Stayed up Too Late ».
